Naltrexone (Chlorhydrate de Naltrexone) – Description et Guide d’Utilisation en France
Informations de base sur le produit
| DCI | Naltrexone (chlorhydrate de naltrexone) |
| Noms commerciaux (France) | NALOREX®, REVIA®, génériques |
| Code ATC | N07BB04 |
| Formes et dosages disponibles | Comprimé sécable à 50 mg |
| Fabricants | Sanofi, Accord Healthcare, divers laboratoires de génériques |
| Statut de prescription | Médicament soumis à prescription médicale (liste I) |
| Conditions de délivrance | Prescription initiale hospitalière recommandée, renouvellement possible en ville |
Mécanisme d’action
Pour les patients : Le naltrexone agit principalement en bloquant l’action des opioïdes dans le cerveau. Cela signifie qu’il réduit la sensation de plaisir ou de récompense provoquée par l’alcool ou les médicaments de type opioïde, aidant ainsi à diminuer l’envie ou le besoin de consommer ces substances.
Pour les professionnels de santé : Le naltrexone est un antagoniste compétitif sélectif des récepteurs opioïdes mu. Il inhibe les effets pharmacologiques des agonistes des récepteurs opioïdes endogènes et exogènes sans provoquer d’euphorie ni d’effet stimulant. Son utilisation dans l’alcoolodépendance repose sur la modulation des circuits de récompense mésolimbiques.
Pharmacocinétique
- Absorption : Bonne biodisponibilité orale (environ 5–40%) ; pic plasmatique atteint en 1–2 heures après administration.
- Métabolisme : Hépatique, principalement en 6-β-naltrexol (activité antagoniste moindre).
- Élimination : Urinaire, majoritairement sous forme de métabolites.
- Demie-vie d’élimination : 4 à 13 heures pour le naltrexone, jusqu’à 20 heures pour son principal métabolite.
- Durée d’action : 24–72 heures (selon la dose et la réponse individuelle).
Utilisation au quotidien et recommandations pratiques
En France, le naltrexone est principalement utilisé dans la prise en charge de la dépendance à l’alcool et, plus rarement, comme adjuvant au sevrage des opioïdes. La prescription s’inscrit dans le cadre d’une démarche globale de suivi médical, généralement coordonnée entre médecin généraliste, addictologue et pharmacien.
- Posologie habituelle : 50 mg 1 fois par jour, généralement le matin.
- Doit être intégré à un protocole d’accompagnement psycho-social.
- Pour la dépendance aux opioïdes, l’abstinence doit être vérifiée 7 à 10 jours avant l’instauration (test à la naloxone si doute).
- Ne pas interrompre brutalement le traitement sans avis médical.
- Conservation à température ambiante (15–30°C), hors de la portée des enfants.
Prise le matin ou le soir : conseils pratiques
- Administration le matin : Privilégiée pour limiter les insomnies pouvant survenir chez certains patients et pour favoriser la régularité, notamment chez les personnes actives.
- Administration le soir : Possible en cas de somnolence diurne sous traitement, mais peut favoriser l’insomnie chez d’autres.
- Conseils : Prendre le médicament à heure fixe pour renforcer l’observance. En cas d’oubli, ne pas doubler la dose lors de la prise suivante.
Prise avec ou sans aliments (habitudes alimentaires françaises)
- Le naltrexone peut être pris pendant ou en dehors des repas.
- La prise avec des aliments peut atténuer certains effets indésirables digestifs (nausées, gastralgies), recommandée notamment en cas de petit-déjeuner typiquement français (pain, yaourt, café/thé).
- Aucune interaction clinique significative avec des aliments spécifiques de la cuisine française n’a été observée.
Avertissements d’interaction
| Substance/Aliment | Nature de l’interaction | Conseil |
| Alcool | Lettre thérapeutique : utilisé pour réduire la consommation, non dangereux avec le traitement, mais ivresse non bloquée | Effet thérapeutique si associé à une démarche de réduction |
| Opioïdes (codéine, morphine, tramadol…) | Bloquage complet de l’effet ; risque de syndrome de sevrage aigu | Contre-indiqué, faire un test en cas de doute d'abstinence |
| Médicaments hépatotoxiques | Risque accru d’atteinte hépatique | Surveillance biologique renforcée |
| Antidépresseurs / anxiolytiques | Pas d’interaction majeure décrite | Prudence en cas de pathologies associées |
| Pamplemousse, orange amère | Pas d’interaction connue | Pas de restriction spécifique |
Indications (officielles et hors AMM)
| Indication | Statut France |
| Maintien de l’abstinence dans l’alcoolodépendance | Autorisé (AMM) |
| Aide au sevrage des opioïdes | Autorisé en complément, hors situation d’urgence (AMM) |
| Craving d’autres substances (hors alcool/opioïdes) | Hors AMM, non recommandé |
| Trouble du contrôle des impulsions (jeu pathologique, boulimie…) | Usage off-label, évaluation individuelle |
Posologie suivant l’indication (adulte, pédiatrique, sujet âgé)
| Population | Indication | Posologie |
| Adulte | Alcoolodépendance / sevrage opioïdes | 50 mg 1 fois par jour |
| Adolescents (>16 ans) | Au cas par cas, réservé (hors AMM) | 10-25 mg/j puis titration, sous supervision hospitalière |
| Personne âgée (>65 ans) | Idem adulte ; prudence si insuffisance rénale/hépatique | Débuter à 25 mg/j puis augmenter ; surveillance adaptée |
| Insuffisant hépatique/rénal | Toutes indications | Contre-indication (hépatique grave) ou ajustement médical requis |
Profil de sécurité et effets indésirables
- Effets indésirables fréquents (>1% patients) :
- Nausées, vomissements, douleurs abdominales, anorexie
- Céphalées, insomnie, fatigue
- Douleurs musculaires, anxiété, irritabilité
- Effets rares :
- Altération du bilan hépatique, réactions cutanées sévères (érythème, urticaire)
- Idées suicidaires (vigilance accrue chez sujets à risque)
- Perturbations hématologiques (thrombocytopénie, leucopénie)
- Avertissements : Surveillance du bilan hépatique 1 à 2 fois/an (plus fréquente en cas de signes cliniques).
Bonnes pratiques d’utilisation (conseils en pharmacie/clinique France)
- Respecter la posologie prescrite, ne jamais doubler une prise en cas d’oubli.
- Informer tous les professionnels de santé de l’utilisation de naltrexone, surtout avant une opération ou une prescription d’opioïdes (analgésie postopératoire difficile).
- Evitez la conduite ou l’utilisation de machines si vous constatez des troubles de l’attention au début du traitement.
- Démarrez le traitement après une période bien confirmée d’abstinence d’opioïdes.
- Prévoyez un accompagnement psychologique et médical régulier (inclus dans le parcours de soins coordonné français).
- En cas d’effets indésirables, contactez votre médecin ou pharmacien ; ne cessez jamais le traitement sans avis médical.
Alternatives thérapeutiques (remboursées
- Acamprosate (Aotal®) – Inhibe les récepteurs glutamatergiques, bien toléré, à privilégier si antécédents d’atteinte hépatique.
- Disulfirame (Esperal®) – Provoque une réaction aversive à l’alcool, réservé aux cas motivés, suivi strict.
- Baclofène (Baclocur®) – Usage plus récent pour la réduction/craving, posologie individualisée, attention effets indésirables neuropsychiatriques.
- Traitements non pharmacologiques (psychothérapie, groupes de parole, coordination avec centres d’addictologie).
Statut légal et remboursement en France
- AMM délivrée par : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
- Prescription : Médicament de liste I, initialement hospitalière recommandée, renouvellement par tout médecin possible.
- Remboursement : Prise en charge par l’Assurance Maladie, taux habituel 65 % (100 % dans le cadre ALD pour alcoolodépendance).
- Code CIP : Consultable sur la base de données publique des médicaments.
- Livret thérapeutique URPL (Région) : Inscrit, prescription selon les recommandations addictologiques de la Haute Autorité de Santé.
Dernières recherches et recommandations cliniques (2022–2025)
- Les récentes recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS, 2023) et la Société Française d’Alcoologie (2024) maintiennent le naltrexone comme traitement de fond de première intention dans la réduction de la consommation d’alcool, en association à un accompagnement psycho-social renforcé.
- L’essai ALCO-BLOC (France, 2023) confirme l’efficacité chez les patients très motivés, sous réserve de bonne observance.
- Les études internationales (NICE 2024, Cochrane 2023) confirment la supériorité du naltrexone par rapport au placebo et sa tolérance globale satisfaisante, sauf en cas d’atteinte hépatique.
- Émergence de formulations à libération prolongée (implants, injectables ; non commercialisés actuellement en France mais objets d’essais cliniques 2023–2025).
Disponibilité, conditionnements, délais et prix
| Conditionnement courant | Prix indicatif TTC | Délais de livraison – Paris | Délais – Lyon | Délais – Marseille | Délais – Bordeaux |
| Boîte de 28 comprimés 50 mg | environ 26 € (remboursé) | 24–48 h | 24–48 h | 24–72 h | 24–72 h |
| Boîte de 98 comprimés 50 mg (hôpital) | Néant (usage hospitalier/direct mutuelle) | — | — | — | — |
FAQ – Questions fréquentes des patients
- 1. Que faire si j’oublie un comprimé de naltrexone ?
Prenez la dose oubliée dès que vous y pensez, sauf si la prochaine prise est proche. Ne prenez jamais deux comprimés pour compenser l’oubli. - 2. Puis-je consommer de l’alcool sous traitement ?
La prise de naltrexone réduit l’intérêt et le plaisir lié à l’alcool. L’objectif est de vous aider à diminuer la consommation. L’ingestion d’alcool sous traitement n’entraîne pas de réaction physique spécifique, mais ralentit la réduction des envies. - 3. Si je dois subir une opération chirurgicale ou recevoir des antidouleurs ?
Prévenez les professionnels de santé de la prise du naltrexone, car l’efficacité des opioïdes (antidouleurs puissants) sera fortement diminuée. Votre équipe médicale adaptera les protocoles pour assurer une gestion appropriée de la douleur. - 4. Puis-je conduire sous traitement ?
En début de traitement, soyez prudent si vous ressentez somnolence, vertiges ou troubles de l’attention. Si ces troubles disparaissent, la conduite est possible. - 5. Comment arrêter le naltrexone ?
Jamais sans avis médical. La décision d’arrêter ou de réduire le traitement doit être prise en concertation avec votre prescripteur, en fonction de votre évolution et de l’évaluation du risque de rechute.