Phénytoïne (Dilantin) – Description complète pour les patients en France
1. Informations de base sur le produit
| Dénomination commune internationale (DCI) | Phénytoïne |
|---|---|
| Noms commerciaux en France | Dilantin®, Epanutin® (anciennement), génériques Phénytoïne Zentiva®, Phénytoïne Arrow® |
| Code ATC | N03AB02 |
| Formes et dosages disponibles | Comprimés (50 mg, 100 mg), gélules (30 mg, 100 mg), suspension buvable (30 mg/5 ml, 90 mg/5 ml), solution injectable (50 mg/ml) |
| Fabricants | Pfizer, Zentiva, Arrow |
| Statut de prescription | Médicament sur prescription médicale obligatoire, renouvellement soumis à avis du médecin |
2. Mécanisme d’action
Explication simple : La phénytoïne agit en stabilisant l’activité électrique des cellules nerveuses du cerveau, ce qui aide à prévenir les crises d’épilepsie. Elle ralentit la propagation des signaux électriques rapides et excessifs responsables des convulsions.
Pour spécialistes : La phénytoïne bloque les canaux sodiques voltage-dépendants dans les neurones, inhibant ainsi l’entrée de sodium et la génération de potentiels d’action pathologiques répétés. Elle n’a pas d’action dépresseur généralisée mais cible spécifiquement l’hyperexcitabilité neuronale.
3. Pharmacocinétique
- Absorption : Bonne par voie orale (70-90%), mais variable selon les formes et l’alimentation.
- Distribution : Forte liaison aux protéines plasmatiques (~90%); passage placentaire et dans le lait maternel.
- Métabolisme : Hépatique principalement par CYP2C9/CYP2C19; saturation rapide du métabolisme (cinétique de type Michaelis-Menten).
- Élimination : Rénale, principalement sous forme métabolisée; demi-vie : 12 à 36h.
- Durée d’action : Effet prolongé, concentration stable après quelques jours de traitement.
4. Utilisation au quotidien et bonnes pratiques
La phénytoïne doit être prise chaque jour à la même heure, idéalement avec un grand verre d’eau. Le respect de la régularité est fondamental pour éviter les fluctuations du taux sanguin et prévenir la survenue de crises.
- L’ajustement de la posologie se fait toujours sur avis médical, après contrôle du taux sanguin si nécessaire.
- Ne jamais arrêter brutalement le traitement (risque de rebond épileptique grave).
- En France, l’organisation de la prise peut être facilitée par l’utilisation de semainiers ou d’application de rappel.
5. Prise le matin vs le soir
Le matin :
- Avantage : correspond au rythme de vie, limite l’oubli.
- Inconvénient : interactions potentielles avec le petit-déjeuner en cas de prise orale.
- Avantage : stabilité du taux dans la nuit, chez certains types d’épilepsie nocturne.
- Inconvénient : risque d’oubli si la routine du soir est variable.
6. Prise avec ou sans aliments – habitudes alimentaires françaises
Il est préférable de prendre la phénytoïne à jeun ou en tout cas à distance des repas riches en calcium ou protéines (par exemple lait, fromages, yaourts), car ceux-ci peuvent diminuer son absorption.
- Éviter de l’associer à des plats typiquement riches en laitages (petit-déjeuner laitier à la française, par exemple).
- Les repas légers (tartine, café) ont peu d’impact, mais il vaut mieux conserver la prise systématique dans les mêmes conditions pour garantir l’efficacité.
Prendre avec un peu d’eau, ne pas mâcher les comprimés si ce n’est pas conseillé.
7. Interactions
| Substance/Aliment | Effet | Conseil |
|---|---|---|
| Alcool | Majore le risque de somnolence, diminue efficacité sur le long terme | Limiter la consommation, consultez votre médecin |
| Aliments riches en calcium (lait, fromages) | Diminue l’absorption intestinale | Espacer la prise d’au moins 2 h |
| Contrôle de la pilule contraceptive | Diminue l’efficacité des oestroprogestatifs | Envisager une contraception non hormonale |
| Cimétidine, fluconazole, isoniazide | Augmente la concentration sanguine de phénytoïne | Surveillance biologique, adaptation de la dose |
| Phénobarbital, carbamazépine, rifampicine | Diminue la concentration de phénytoïne | Suivi médical rapproché |
| Millepertuis (herboristerie) | Diminue l’efficacité de la phénytoïne | Éviter le millepertuis |
8. Indications
| Indication | Statut |
|---|---|
| Épilepsie (crises tonico-cloniques généralisées, crises partielles complexes ou simples) | AMM France |
| Status épileptique (traitement aigu) | AMM France, usage hospitalier |
| Prévention des crises après traumatisme crânien sévère | Utilisation hors AMM (off-label) possible sous conditions |
| Traitement des douleurs neuropathiques | Utilisation hors AMM (off-label) occasionnelle |
9. Posologies selon indications et âges
| Population | Indication | Posologie initiale | Posologie d’entretien |
|---|---|---|---|
| Adulte | Épilepsie | 100-300 mg/jour (en 1 à 2 prises) | 100-400 mg/jour (ajustement selon taux sanguin) |
| Enfant ≥6 ans | Épilepsie | 5 mg/kg/jour (réparti en 2-3 prises) | 4-8 mg/kg/jour |
| Personne âgée | Épilepsie | 100 mg/jour | Adaptation individuelle, surveillance accrue |
| Tous âges | Status épileptique | 15-20 mg/kg IV lentement | N/A (traitement aigu) |
Remarque : L’ajustement de dose est fondé sur le contrôle du taux de phénytoïne sanguin (fourchette thérapeutique : 10-20 µg/ml).
10. Profil de sécurité / Effets indésirables
- Fréquents : somnolence, troubles de la coordination, vision trouble, éruption cutanée, augmentation des gencives (hyperplasie gingivale), nausées, irrégularités menstruelles chez la femme.
- Rares mais graves : réactions allergiques sévères (syndrome de Stevens-Johnson), agranulocytose, trouble du rythme cardiaque (par voie IV), atteinte hépatique.
- Surveillance : bilan sanguin régulier, suivi hépatique, surveillance dentaire accrue.
| Effet indésirable | Fréquence | Conseil/Précaution |
|---|---|---|
| Somnolence, vertiges | Fréquent | Éviter la conduite si symptômes |
| Rash, réaction allergique | Peu fréquent | Consulter le médecin d'urgence |
| Hyperplasie gingivale | Fréquent | Hygiène dentaire rigoureuse, suivi chez le dentiste |
| Hypersensibilité sévère, troubles sanguins | Rare | Arrêter le médicament, consulter rapidement |
11. Bonnes pratiques d’utilisation (conseils pharmaciens et cliniques)
- Respecter strictement la prescription médicale et les horaires de prise.
- Ne jamais doubler une dose en cas d’oubli : prendre la dose suivante normalement.
- Informer toujours les professionnels de santé de la prise de phénytoïne avant toute nouvelle prescription ou intervention.
- Eviter l’automédication, notamment avec certains antidépresseurs, antibiotiques, ou préparations de phytothérapie (ex : millepertuis).
- Adapter l’alimentation pour éviter les interactions (voir rubrique alimentation).
- En France, possibilité de bénéficier du Bilan de Médication Partagé à l’officine pour une meilleure gestion thérapeutique.
- Conserver le médicament hors de la vue des enfants.
- Planifier un contrôle médical régulier, y compris dosage sanguin et visite dentaire.
12. Alternatives thérapeutiques (prise en charge et remboursement en France)
- Carbamazépine (Tégrétol®, génériques) : Efficace pour certaines formes d’épilepsie, effet secondaire sur la vigilance (moins d’interactions alimentaires que la phénytoïne), remboursée SFNF.
- Valproate de sodium (Dépakine®) : Large spectre, attention chez la femme en âge de procréer, remboursé.
- Lamotrigine (Lamictal®) : Bonne tolérance, adapté à de nombreux profils, remboursé.
- Levetiracetam (Keppra®) : Bien toléré, interactions faibles, remboursé, efficacité comparable pour certains types d’épilepsies.
- Phénobarbital, oxcarbazépine sont aussi utilisés mais avec des profils de tolérance spécifiques.
Le choix dépend de la forme d’épilepsie, de l’âge, du sexe, et du profil de tolérance. En France, toutes ces alternatives sont remboursées par l’Assurance Maladie sur prescription adaptée.
13. Statut légal, enregistrement et remboursement en France
- Enregistrement : Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), délivrée par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé).
- Remboursement : Délivré et remboursé à 65% par la Sécurité sociale (100% en ALD : affection longue durée, épilepsie grave), prix encadré (code CIP).
- Prescription : Médicament de liste I (prescription obligatoire), renouvellement généralement annuel sur avis médical.
- Suivi spécifique en pharmacie : logiciel de dispensation, conseils de pharmacien, communication au médecin prescripteur en cas d’interaction.
14. Actualités et recommandations cliniques (2022-2025)
Les recommandations françaises (HAS 2023, SFNP 2024) limitent désormais la première prescription de phénytoïne aux situations où d’autres antiépileptiques sont contre-indiqués ou inefficaces. La tolérance buccodentaire et le risque d’interactions justifient une surveillance accrue. Sur le plan international, des études (Brigo et al., 2022 ; Cochrane France 2023) indiquent une efficacité maintenue en monothérapie comme en combinaison, mais des alternatives modernes sont privilégiées en première intention.
- AMM maintenue pour l’épilepsie généralisée et partielle en France.
- Suivi par dosage sanguin recommandé, en particulier chez les personnes âgées, chez l’enfant, ou en grossesse (posologie adaptée).
- Application renforcée de la fiche d’information patient disponible sur le site de l’ANSM (dernière version 2024).
Pour plus d’informations, voir : ANSM et la Société Française de l’Épilepsie.
15. Disponibilité et livraison en France
| Conditionnement courant | Prix indicatif (remboursé) | Livraison Paris | Livraison Lyon | Livraison Rennes | Livraison Marseille |
|---|---|---|---|---|---|
| 30 comprimés 100 mg | 3–6 €* | En pharmacie le jour même / 24h | 24–48h | 24–72h | 24–48h |
| Suspension buvable 125 ml | 6–9 €* | 24h | 24–48h | 48–72h | 24–48h |
*Prix ajusté selon le secteur, le reste à charge dépend du taux de remboursement et de la mutuelle.
En cas de rupture : Substitution par un générique possible, ou orientation vers un autre antiépileptique selon avis médical. Les patients ALD bénéficient d’une dispensation prioritaire à l’officine.
16. FAQ – Questions fréquentes de patients
- Puis-je conduire si je prends de la phénytoïne ?
La phénytoïne peut entraîner de la somnolence ou des troubles de la coordination. La conduite est possible si vous ne ressentez aucun de ces symptômes, mais il convient d’être particulièrement vigilant. En cas de doute ou de survenue d’effets indésirables, il est recommandé d’éviter la conduite temporairement. - Puis-je consommer de l’alcool ?
L’alcool potentialise certains effets secondaires de la phénytoïne (somnolence, troubles de l’équilibre) et peut diminuer son efficacité. Une consommation occasionnelle et modérée est parfois tolérée, sous réserve de l’avis du médecin. - Dois-je rendre compte systématiquement des autres médicaments que je prends ?
Oui, signalez toujours à votre médecin et à votre pharmacien tous les traitements, y compris en automédication ou à base de plantes (notamment millepertuis), car de nombreuses interactions sont possibles avec la phénytoïne. - Si j’oublie une dose, que faire ?
Ne doublez jamais la prise suivante. Si l’oubli est inférieur à 12h, prenez la dose oubliée ; au-delà, reprenez le schéma habituel et informez votre médecin en cas d’oubli répété. - La phénytoïne est-elle compatible avec une grossesse ?
Oui, mais la surveillance est renforcée et parfois des adaptations de dose sont nécessaires. Une consultation spécialisée (épileptologue, obstétricien) est recommandée.

